20.11.2009

Grippe H1N1 : des millliers de vaccins sont jetés

"Il n'y aura aucun gaspillage", a promis Roselyne Bachelot devant l'Assemblée Nationale. Alors que onze nouveaux décès liés à la grippe A (H1N1) ont eu lieu en France depuis le 12 novembre, ce qui porte le bilan des victimes dans le pays depuis le début de l'épidémie à 43, la ministre de la Santé défend bec et ongles sa commande astronomique de vaccins anti-grippaux : 94 millions de doses livrées à la France, soit 10 % de la production mondiale. Et si une seule injection s'avère suffisante pour immuniser contre le virus H1N1 (on attend la confirmation de l'agence européenne du médicament), que fera-t-on des doses restantes ? "Nous n'aurons aucun mal à les revendre à d'autres pays moins bien préparés", a affirmé la ministre. En outre, "au titre de la solidarité internationale", le gouvernement offrira 10 % de ses vaccins à des pays pauvres.

Officiellement pas de gaspillage, donc. Pourtant, il suffit de se rendre dans l'un des 1080 centres de vaccination ouverts depuis jeudi dernier sur tout le territoire pour se rendre à l'évidence : chaque jour, ce sont des milliers de doses de Pandemrix, le seul vaccin actuellement administré, qui partent à la poubelle ! La raison de ce gâchis tient au conditionnement du vaccin, délivré en ampoules de 10 injections. "Une fois ce produit mélangé, il doit être administré dans les 24h", indique le Dr Charvet, médecin inspecteur de la DDASS des Bouches-du-Rhône. Passé ce délai, le vaccin est inutilisable.
Le calcul est vite fait : 100 personnes se faisant vacciner en une journée nécessitent l'utilisation de 10 ampoules : la perte est nulle. Si une 101° personne se présente, il faut ouvrir une 11° ampoule et jeter les 9 doses restantes. Soit une perte de 10 %. Un taux que le ministère lui-même avait annoncé, pensant limiter les dégâts "du fait de la vaccination collective".
Le problème c'est que vu le peu de succès que connaît jusqu'à présent la campagne de vaccination, la perte peut atteindre 30 voire 50 %. Exemple : pour 11 personnes qui se font vacciner en 24 h, 9 doses partent à la poubelle. À 8,5 € le coût moyen de la ration vaccinale (808 millions dépensés pour la totalité des produits), on n'ose imaginer le coût de ce gaspillage pour la Sécurité sociale, dont le déficit avoisine les 30 milliards d'euros...

Calendrier des priorités
Y avait-il moyen de faire autrement ? Contacté hier, le cabinet de Roselyne Bachelot rétorque que "l'utilisation des ampoules multidoses a été imposée par les laboratoires pharmaceutiques. Les délais de fabrication aurait été beaucoup plus long si nous avions commandé des doses uniques". Confirmation auprès de GlaxoSmithKline, qui a vendu 440 millions d'unités de Pandemrix en Europe : "Le flacon multidoses était le seul moyen de répondre à la demande. Aux autorités publiques d'organiser la vaccination pour limiter le gaspillage." C'est ce qu'a fait la Belgique, en imposant (non sans mal) aux généralistes de vacciner la population par groupe de 10 personnes. En France, "aucun ajustement n'est envisagé", indiquait hier le ministère de la Santé. Pas question par exemple d'ouvrir dès à présent les centres à l'ensemble de la population. Pour l'heure, seules les personnes à risques, les personnels de santé, les proches de nourrissons sont censés bénéficier du vaccin. Même si dans les faits, il suffit de se présenter dans un centre pour se faire délivrer un bon.
Pour le Pr Didier Raoult, cette gabegie n'est qu'une conséquence de "la mauvaise communication gouvernementale". Le virologue marseillais estime que "confier aux politiques et non aux médecins la responsabilité de cette campagne a nourri la méfiance de la population". Résultat : des centres de vaccination vides et des poubelles pleines.

Journal La Provence, 17 novembre 2009

Grippe H1N1 : Qui va payer ?

Les vaccins contre la grippe H1N1 (94 000 000 pour la France), les centres de vaccination, l'envoi des convocations ... tout cela a bien sûr un coût. Alors, qui va payer ?

Vous croyez naïvement que l'Etat va en supporter les frais ... Eh non ! Si vous avez la chance d'avoir une mutuelle santé, ce sera vous !

En effet, la loi de financement de la Sécurité sociale 2010 prévoit l'instauration d'une taxe de 0,94% sur le "chiffre d'affaires" des complémentaires en santé (plus de 300 millions d'euros !) pour contribuer au financement du vaccin contre la pandémie H1N1.

Un débat peut en cacher un autre !

Un grand débat sur l'identité nationale nous est annoncé. De fait, celui sur son opportunité et sa pertinence est déjà lancé dans la polémique. Pour nous, l'égalité, la solidarité, la laïcité, Le pro­grès social - autrement dit les valeurs humanistes qui sont au coeur de l'identité de la nation française et de sa construction depuis la Révolution française - ne font pas débat. Elles constituent le socle de notre contrat social, de notre pacte républicain et rendent possible le vivre ensemble. Mais, d'évidence, des actes et des engagements forts doivent être assumés pour en préserver et en réaffirmer la réalité dans notre société.

À coup sûr, et plus sûrement que dans le seul ordre des symboles, notre système de sécurité sociale constitue L'un des piliers de notre identité, de notre cohésion sociale et de notre unité. Le perdre de vue, ce serait s'exposer au risque de dissolution de l'un des plus forts ciments de la société française. Mutualiser les ressources de La collectivité natio­nale pour garantir à tous un libre et égal accès aux soins et à la santé, c'est, en effet, l'essence même de la fraternité républicaine. Comme l'est Le libre et l'égal accès de tous au savoir, à l'éducation, au tra­vail. Alors, comment ne pas s'étonner de ce paradoxe pratiqué au plus haut niveau de l'Etat : d'un côté, l'apparente volonté de réaffirmer les fondements de notre identité nationale pour guider l'action publique ; de l'autre, une mise à mal progressive de notre système de santé, qui incarne les valeurs Les plus essentielles de notre pacte républicain ?

Les attaques continues perpétrées contre notre modèle de protection sociale solidaire et la tentation de miser toujours plus sur la couverture complé­mentaire ne peuvent nous laisser indifférents tant elles aggravent Les inégalités face à l'accès aux soins.

Comment, par exemple, pourrions-nous accepter, comme cela semble programmé, que des médica­ments ne soient soudainement plus remboursés qu'à 15% sans que l'on sache réellement si c'est leur coût économique ou leur efficacité thérapeuthique qui est jugée ?

Lutter contre Le déficit de la Sécurité sociale ne saurait se faire à n'importe quel prix, et certainement pas à celui de son démantèlement. Nous serions au coeur d'un non-sens : une société du chacun pour soi qui laisserait bien peu de place à une quelconque «identité nationale» !

Il ne s'agit pas de nier les défis du financement de notre système de santé, ni les nouvelles donnes qui complexifient sa gestion : allongement de la durée de la vie, coût croissant des nouvelles technologies médicales... Mais les mutations de notre société ne sauraient remettre en question notre modèle social et notre idéal républicain.

Le défi, c'est précisément de savoir évoluer sans remettre en question nos valeurs essentielles qui devraient être un guide et un référent de l'action publique. Elles seules donnent du sens au progrès : un progrès solidaire, largement partagé, celui d'une société qui «joue collectif».

De cela, il y a lieu de débattre !


Thierry BEAUDET, Président de la MGEN